Soleil et eau boueuse

1200 950 Le monde selon Alphonse

Le Cantal, c’était ma première montagne. Il y a déjà trente, que dis-je, quarante, mais non, cinquante ou soixante ans même ! Si ancien dans ma mémoire, il s’était réveillé comme peut-être un jour ses volcans, par l’évocation de mes joies randonneuses partagées avec vous, lecteurs impatients. Le Cantal, c’est un peu banal. Une montagne à vaches, n’est-ce pas. Pas de dénivelés terribles, pas de neiges éternelles, juste des petits dômes un peu mous. Et pourtant la surprise est au rendez-vous dès que l’on se met en route.

Je cherche donc une photo du Cantal pour vous, et voici que je tombe sur celle-ci. Pas vraiment réussie, floue, mais quelle expérience ! Comment je me suis retrouvée toute mouillée, chaussures pleines d’une eau boueuse ? Le chemin s’était ce jour-là transformé en ruisseau, en rivière même ! L’orage, incroyable, s’était abattu et avait gonflé les cours d’eau…

Pourtant, nous avions beau être bien loin du Cantal, j’espérais aussi un beau lever de soleil après le réveil enchifrenée à trois heures du matin. Le départ s’était fait dans la fin sombre de la nuit, les semelles résonnant sur le chemin, tous les bruits amplifiés par le silence, la lenteur douce de la brume s’effaçant peu à peu…

Toutes ces sensations réveillent en nous, Sri lankais, Cantalous ou Parisiens, un frémissement ; celui de notre sentiment d’être en vie, par tous nos sens en alerte, par les pieds d’abord.

J’allais même dire, « quel pied ! ». Parce qu’en fait, lors de ces randonnées, c’est le pied qui est le cœur de l’affaire : il faut trouver la bonne chaussette qui ne fait pas un pli, la tige souple mais pas trop, et garder une attention sans faille pour les petits bobos qui ne doivent pas devenir ampoules. D’ailleurs, il y a, dans des pays lointains, des montagnes dont le sommet est le lieu d’un pèlerinage dédié au pied. Pied de Bouddha ou d’Adam, peu importe, là-bas, on sait bien que le pied c’est un peu sacré…

Alors, dans le Cantal, ou ailleurs, toute colline fera l’affaire. En haut de Montmartre ou du Mont Valérien à Paris, de Fourvière à Lyon ou de Notre-Dame-de-la-Garde à Marseille, je nous invite à lacer nos chaussures pour aller admirer ce fameux lever de soleil. On pourra même alors rire si ce qui nous arrive c’est ça, que le chemin est emporté par la pluie, et que le soleil n’est pas au rendez-vous. Et si vos pieds refusent de marcher parce qu’ils ont vieilli, rêvez avec moi, on est parti pour la sanctification du pied.

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